Je ferme les yeux, & je peux revoir l'instant où je suis descendue de la voiture, où j'ai avancé joyeusement en compagnie de mon père, vers la porte. Porte que nous n'avons pas eu le temps d'atteindre, elle venait à notre rencontre, inexpressive, comme fermée au monde exterieur. Mon père a compris, j'ai essayé de me rassurer interieurement, en me disant qu'il n'avait pas pu partir ainsi, pas sans que nous soyions là. Mais pourtant si.. les mots font mal, la réalité blesse énormement. Prendre son corps inerte dans mes bras, le serrer de toutes mes forces, le baigner de mes larmes, en me disant " Marie, n'oublie pas que ce sont tes derniers instants avec lui" . Je me suis répétée ça, 3 fois, assez pour m'en convaincre. Assez de fois pour savoir que ce corps déjà dur n'était déjà plus lui. Il a fallu me dégager, pour me calmer. M'arracher à lui une nouvelle fois. Me prendre par la main comme une enfant, & lui dire au revoir. Quand on achète un chien, on pense à tout l'amour qu'il peut nous apporter, tout le bonheur, toutes les joies. On ne pense pas au jour où il va nous quitter, nous laisser comme orphelins de notre amour & du sien. Happy était plus qu'un chien. Les gens qui ne connaissent pas le bonheur qu'apporte un chien, diront que c'est pitoyable de dire ça, mais c'est le cas. Happy me suivait partout. Il faisait un bruit monstre, je m'en accommodais sans problèmes. Même les ronflements me manquent, ils étaient rassurants. On l'entendait, on le savait en vie, & on passait à autre chose. Maintenant, je l'entends toujours, je peux ressentir la même sensation que quand il venait reclamer des caresses en posant sa tête sur mes genoux. Je peux ressentir la sensation de quand il me bougeait le bras avec sa truffe, pour que je lui fasse une place. Je peux, rien qu'en fermant les yeux, le revoir courrir energiquement sur la plage, se rouler frenetiquement dans le sable après être allé dans la mer salée. Je peux revoir tout ça, mais tout à l'heure, en fermant les yeux, j'ai revu Happy, dans ce garage, immobile, les yeux clos & l'air paisible. J'ai ressenti son odeur, ses poils qui n'étaient déjà plus si doux. J'ai enregistré tout ça dans ma mémoire.. Pour ne pas oublier la derniere image de lui, la plus douloureuse, mais réaliste. J'y ai pensé, alors j'ai ouvert la fenêtre au maximum, j'ai passé mon bras , y ai posé ma tête. J'ai regardé les nuages.. & me suis laissée bercer par le vent, la musique, la voix de ma soeur.. pour me souvenir que partout où j'irai, partout où je serai, une pensée reviendra toujours pour lui.